jackguitar

la guitare éclectrique de Jacques Vannet

Jack a dit...

Une histoire de l’espace et du paysage sonores

Si on s’intéresse aux cris marchands de Paris, on constate encore une volonté d’appropriation de l’espace. Les marchands crient pour marquer leur territoire, s’éloignent les uns des autres d’une portée de voix pour ne pas se concurrencer, introduisent dans leurs cris une dimension régionale, souvent soulignée par un costume... Si ces cris s’effacent à la fin du XIXe siècle, c’est non seulement une évolution technique, mais aussi une évolution de la tolérance. À ce moment, les kiosques se couvrent
d’affiches, tout comme les murs des boulevards. L’affiche dispense des cris et le camelot a moins de raisons d’être – sauf le marchand de journaux, dont l’importance s’accroît à ce moment-là.
Mais l’affiche n’explique pas tout : c’est une évolution des sensibilités. La dimension sonore de l’espace urbain est désormais prise en compte par le processus de distinction, les classes supérieures cherchant à ne pas sentir et à ne pas faire de bruit. On apprend le mezza voce en public et dans la vie privée, on commence à se taire dans les salles de concert. On se distingue du peuple parce que – pense-t-on ! – le peuple aime les tapages et les odeurs fortes.

Alain Corbin (2017). La leçon des cloches , Revue de la BNF, n°55

Vocables

Une commande pour une création sonore m’a été faite par l’agence Le Troisième Pôle pour la 4ème Biennale du livre et du film de voyage de Marly-la-Ville (95).

A cette occasion, je devais travailler avec la population de cette communauté de communes du Val d’Oise sous la forme d’un fil rouge intervenant tout au long de l’année précédent la biennale. Je me suis donc rendu plusieurs fois sur le territoire pour y travailler avec les autochtones sous la forme d’ateliers très sympathiques, qui furent l’occasion de recueillir la matière qui servirait à ma future création.

Un projet hautement utopique…

En liaison avec la thématique retenue « Sur la route de l’utopie », nous avons conçu un projet utopique de création d’un Conservatoire Mondial des Voix Humaines sur le territoire. Ce vaste bâtiment permettra, à terme, de recevoir tous les publics :

  • jeunes et scolaires : découverte du riche pratimoine des voix humaines, toutes différentes les unes des autres
  • chercheurs : un étage entier de consultation des échantillons et des publications les plus pointues dans le domaine de la recherche sur la voix humaine
  • public général : visite du musée, exposition permanente + exposition thématique en fonction de l’actualité.

Pourquoi la voix ?

La langue c’est déjà de la musique et la voix humaine est l’instrument primitif par excellence. En effet, la naissance ne se signale-t-elle pas au monde par le premier cri du nouveau-né ? La voix est le médium retenu pour ce fil rouge en ce qu’elle est le véhicule idéal des émotions (voyez le cinéma…) et le vecteur du sens (la démocratie n’est-elle pas le triomphe de celui qui maîtrise le discours ?). Chaque voix humaine étant unique, la disparition d’une personne sur Terre entraîne la disparition de son timbre particulier et singulier, d’un « instrument » unique.

Le fil rouge

« The medium is the message », Marshall McLuhan
« The medium is the message », Marshall McLuhan
En liaison avec les bibliothèques/médiathèques, il sera prélevé un échantillon assez conséquent de voix humaines sur tout le territoire.
Ces lieux auront choisi un éventail de livres sur le thème de l’utopie et du voyage. Des marque-pages seront insérés à des endroits retenus par le personnel des bibliothèques et qui constitueront autant de passages pouvant être lus à voix haute par les habitants et enregistrés par les stagiaires du fil rouge.

Display

Puis vient la question complexe de la monstration… Comment montrer une bande son pour un large public ? Après réflexion, une réponse s’est imposée à moi : par l’image ! Ben oui, c’est ce que fait le cinéma depuis longtermps et ça fonctionne !

« Lieu unique de rencontre entre la musique populaire et la musique savante, le cinéma permet d’associer dans le même mouvement les amples partitions de Max Steiner et les ritournelles de Carlos d’Alessio, le leitmotiv entêtant de In the Mood for Love et le rock’n’rol de Lost Highway, la musiclité joyeuse du cinéma de Jacques Tati et les recherches exigeantes de Jean-Luc Godard. Ecouter les films pour mieux les voir, les voir pour mieux les écouter […] »

Marie-Noëlle Masson et Gilles Mouëllic, Musiques et images au cinéma, Presses Universitaires de Rennes, 2003

 

Donc, j’ai invité la vidéaste Armèle Portelli à venir me rejoindre sur ce projet et nous avons donc concocté un film pour cette quatrième édition de cette biennale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.