Origine (diabolique) du dodécaphonisme ?
— Ancien ou nouveau, je vais te dire ce que je comprends par écriture rigoureuse. J’entends l’intégration absolue de toutes les dimensions musicales, leur indifférence réciproque grâce à une organisation parfaite.
— Vois-tu un moyen d’y parvenir ?
— Sais-tu, me demanda-t-il en retour, à quel moment j’ai été le plus près d’une écriture rigoureuse.
J’attendis. Il parlait si bas qu’on avait du mal à le comprendre, et entre les dents, selon son habitude quand la migraine le tenaillait.
— Une fois, dans le cycle de Brentano, dit-il, dans O lieb Mädel. Tout le morceau procède d’une figure fondamentale, une série d’intervalle variables à l’infini, les 5 notes h e a e es, l’horizontale et la verticale en sont déterminées et dominées, dans la mesure évidemment où cela est possible avec un motif fondamental d’un nombre de notes aussi limité. C’est comme un mot, un mot clef dont les signes se retrouvent partout dans ce lied et aspirent à le déterminer complètement ; mais c’est un mot trop bref et en soi trop peu maniable. Le champ de notes qu’il offre est trop restreint. On devrait pouvoir, en partant de ce point, aller plus loin et avec les douze échelons de l’alphabet tempéré des demi-tons former des mots plus grands, des mots de douze lettres, des combinaisons et des interrelations déterminées des douze demi-tons, des formations de séries, desquelles dériveraient strictement la phrase, le morceau entier, voire toute une œuvre aux mouvements multiples. Chaque note de l’ensemble de la composition, mélodiquement et harmoniquement, devrait pouvoir trouver sa filiation avec cette série type préétablie. Aucun de ces tons n’aurait le droit de reparaître avant que tous les autres n’aient fait également leur apparition. Aucun n’aurait le droit de se présenter, qui ne remplît sa fonction de motif dans la construction générale. Il n’y aurait plus une note libre. Voilà ce que j’appellerais une écriture rigoureuse.
Thomas Mann (1947), Le Docteur Faustus, Ed. biblio, p. 234
14 réponses
Un « accormatic », animation flash, permettant de trouver facilement les accords d’une tonalité se trouve à l’adresse :
http://eepc.fr/idees
Yeah ! C’est vrai que j’adore les jeux de mots (laids) et l’humour.
J’ai donné des cours de guitare pendant pas mal d’années, ce qui m’a obligé à m’adapter sans cesse aux différents niveaux et motivations. Je suis content de voir qu’il en reste quelque chose ;-)
Merci pour tes éloges dythirambiques. Ne t’inquiète pas, ça ne me fait pas enfler les chevilles, je prends ça comme un encouragement à continuer.
Je ne résiste pas au plaisir de reproduire ici un texte de Mick Goodrick (publié dans Guitar Player), un de mes maîtres à penser en matière de pédagogie, plein d’humour (anglo-saxon) et que je n’ai jamais rencontré non plus.
Mick Goodrick on teaching
« I learn a lot from my students. Many people have the attitude that knowledge is a thing, like a hamburger. If I have a hamburger, and you’re hungry, then I have to decide whether I want to give you some, which means there won’t be as much for me. But information isn’t like that. If I tell you something you don’t know, I still have it. In addition, now that you have the information, I can get your reaction to it and see what you do with it that might be different. So I end up with more« .
Voilà, tu me connais encore un peu mieux maintenant amigo
A bientôt
Jack
Bonjour Jack,
Eh bien oui mon post-scriptum était un trait d’humour car après avoir découvert ton Site, compte tenu de ses qualités (de fond comme de forme) et sa convivialité, j’avais ( et j’ai toujours) l’impression de m’adresser à un ami très compétent, attentif , patient et de plus altruiste, ce qui est assez rare;
C’est pourquoi je me suis permis ce petit écart sans aucune ironie.
Chaque fois que je lis tes explications, j’ai l’impression d’être très réceptif et de comprendre ce qui, avant, me passait largement au-dessus de la tête !! et c’est très fort.
Musique et pédagogie sont donc, grâce à toi, en parfaite harmonie.
Je vais arrêter là mes éloges pour ne pas trop faire souffrir ta modestie, mais j’ai encore quelques compliments sincères en réserve !!
Bravo et encore merci
Très cordialement
Claude
bonjour Claude,
et merci pour les encouragements, ça fait toujours plaisir.
Un sans faute pour ton harmonisation de la gamme mineure mélodique, bravo !!!
Le post-scriptum c’est de l’humour ou je n’ai rien compris ??? Parfois, quand on rentre du boulot, on est un peu lent ;-)
A bientôt
Jack