Musique protestante
Alors, comme si elle avait attendu ce signal, la musique commence. Les ondes de l’orgue s’élèvent, riches, sonores dans la nuit d’été. Dans l’entrelacs de leurs sonorités, il y a quelque chose d’abject et de sublime, comme si les voix elles-mêmes, libérées, prenaient la forme, l’attitude de crucifixions extatiques, solennelles et profondes, à mesure que s’enflent les crescendos. Et pourtant, même alors, la musique, comme toute musique protestante, garde toujours quelque chose de sévère, d’implacable, de déterminé. Les ondes sonores, avec moins de passion que d’immolation, demandent, implorent le refus de l’amour, le refus de la vie, les défendent aux autres, réclament la mort, comme si la mort était le plus grand des bienfaits. On eût dit que, ayant été façonnés par cela même que la musique louait et symbolisait, ceux qui l’acceptaient et en « chantaient la louange, se servaient de cette louange elle-même pour se venger sur ce qui les avait fait ce qu’ils étaient.
William Faulkner (1932), Lumière d'août, Ed. Gallimard, p. 199