Jack a dit...

L'empire du non-sens. L’art et la société technicienne

L’exemple de la musique est emblématique du processus de technicisation de l’art. L’homme moderne n’entend plus ni cigales ni tonnerre, mais des klaxons et des moteurs. De fait, la musique ne produit plus aujourd’hui d’émotions que par le moyen de signaux et de chocs. Jacques Ellul n’hésite pas à l’affirmer : pour lui, la musique moderne n’est pas de la musique mais du bruit, « comme un moteur qui pétarade », sans harmonie ni signification. Le walkman, que l’on adopte par peur d’écouter le silence et de se rencontrer soi-même, déverse une musique permanente, destructrice de relation humaine et créatrice de solitude. Les amateurs de rock sont noyés dans le bruit, perdant tout contrôle sur eux-mêmes, inhibant toute capacité de réflexion et toute volonté personnelle, détruisant leur personnalité. Avec les Rolling Stones, s’impose une « absence de musique au profit du bruit infernal ». Quant à la pop music, elle « est d’abord un produit de la technique », de sorte que la contestation qui se veut radicale s’avère en réalité tout à fait conforme au système technicien sans lequel elle ne peut exister. Enfin, l’apparition de la disco est la confirmation de « l’insignifiance glacée de l’hypnotisme technicien ».

Jacques Ellul (2007), Jacques Ellul, Une pensée en dialogue, Ed. Labor et Fides (coll. Le Champ éthique, n°48), p. 63-69

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Les chefs-d’œuvre invisibles

Rendue célèbre par une nouvelle de Balzac, la formule en oxymore de « chef-d’œuvre inconnu » nous invite à une réflexion multiple. Inconnues, de telles œuvres le sont doublement : n’ayant d’existence que littéraire, elles connaissent la plupart du temps une deuxième mise à mort dans la fiction – les tableaux et les partitions sont détruits, les artistes meurent laissant des œuvres inachevées, etc.

Au cours du XVIIIe siècle, le statut de l’œuvre d’art se modifie en profondeur : devenues visibles, facilement copiables donc, les œuvres s’exhibent au regard de tous. Et la vogue des fictions artistiques va imposer l’atelier de l’artiste au cœur de l’écriture, avec tout une fantasmagorie sous-jacente : le maître et l’élève, le maître et son Maître, les secrets de fabrication, l’inspiration, le Diable à l’œuvre derrière l’inspiration du peintre ou du sculpteur.

La mission de l’art n’est pas de copier la nature, mais de l’exprimer

Honoré de balzac, le chef-d’œuvre inconnu

Aujourd’hui, je vous propose donc de (re)découvrir deux petits trésors de la littérature française du XIXe : La Leçon de violon (E.T.A. Hoffmann) et Le chef-d’œuvre inconnu de Balzac.

Si vous souhaitez disserter sur ces deux contes – en forme de fables -, les commentaires sont ouverts. En espérant que chacun y puisera matière à réflexion sur les chefs-d’œuvre invisibles1 qui peuplent nos rêves…

Jack le Maudit

La Leçon de violon - ETA Hoffmann
 Contes fantastiques / Hoffmann, Ernst Theodor Amadeus (1776-1822) ; édition illustrée de nombreuses gravures par David. Précédés d’une notice sur la vie et les ouvrages d’Hoffmann / par Ancelot
Source BNF

La Leçon de violon, un conte fantastique d’E.T.A. Hoffmann (cliquez sur l’image pour lire cette nouvelle).
NB : Ce texte (ainsi que La cour d’Artus du même auteur) a inspiré Le Chef-d’Œuvre Inconnu à Balzac, qui a suscité à son tour La Madone du futur de Henry James, Le Chef-d’œuvre invisible de Hans Belting, et enfin The Madonna of the Future de Arthur Danto…

Le chef-d'œuvre inconnu - Balzac, Picasso
BALZAC (H. de) – PICASSO (P.). Le Chef-d’œuvre inconnu. Roman. Paris, Vollard, 1931, in-4°, en feuilles, couverture d’éditeur.

Le Chef-d’œuvre inconnu, Honoré de Balzac (cliquez sur l’image pour lire cette nouvelle)

  1. D’après Hans Belting, Le Chef-d’œuvre invisible

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