Jack a dit...

La musique du monde

Siddhartha était tout oreilles. Ses facultés étaient tendues vers ces bruits et plus rien n’existait pour lui que ce qu’il percevait ; il absorbait toutes ces rumeurs, s’en emplissait, sentant bien qu’à cette heure il fallait atteindre au dernier perfectionnement dans l’art d’écouter. Bien souvent déjà il avait entendu toutes ces choses, bien souvent les voix du fleuve avaient déjà frappé ses oreilles, mais aujourd’hui ces sons lui semblaient nouveaux. Il commençait à ne plus bien les distinguer ; celles qui avaient une note joyeuse se confondaient avec celles qui se lamentaient, les voix mâles avec les voix enfantines, elles ne formaient plus qu’un seul concert, la plainte du mélancolique et le rire du sceptique, le cri de la colère et le gémissement de l’agonie, tout cela ne faisait plus qu’un, tout s’entremêlait, s’unissait, se pénétrait de mille façons. Et toutes les voix, toutes les aspirations, toutes les convoitises, toutes les souffrances, tous les plaisirs, tout le bien, tout le mal, tout cela ensemble, c’était le monde. Tout ce mélange, c’était le fleuve des destinées accomplies, c’était la musique de la vie. Et lorsque Siddhartha, prêtant l’oreille au son de ces mille et mille voix qui s’élevaient en même temps du fleuve, ne s’attacha plus seulement à celles qui clamaient la souffrance ou l’ironie, ou n’ouvrit plus son âme à l’une d’elles de préférence aux autres, en y faisant intervenir son Moi, mais les écouta toutes également, dans leur ensemble, dans leur Unité, alors il s’aperçut que tout l’immense concert de ces milliers de voix ne se composait que d’une seule parole : Om : la perfection.

Hermann Hesse (1925), Siddhartha, Ed. Grasset, p. 145

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Radio Lucrèce

A propos du nouvel album Radio Lucrèce de HMMM :

Entre Naked City and Nick Cave, entre Pere Ubu et Sun Ra, entre Can et Red Krayola, déploie une capacité à improviser où la musique apparaît dans l’écoute mutuelle des quatre navigants, où la voix est bruit parmi les bruits, et où la mélodie surgit entre fureur et apaisement. HMMM invente, quand personne ne le réclame, le « rock harmolodique »…

 

Ce nouvel opus a été enregistré au Kaiser Studio, avec la complicité de Lucas Trouble himself ! Les morceaux ont été inventés en studio, lors de séquences improvisées, triées ensuite et assemblées (péniblement avec 2 magnétos…) pour en faire des compositions.

Un album enregistré en analogique (bande magnétique) avec tous les soucis liés à ce workflow que je connais bien pour l'avoir pratiqué longtemps, mais on n'avait pas le choix à cette époque… Disons que cette fois j'ai compris pourquoi j'étais content de travailler avec des ordinateurs et le progrès que ça représentait dans le travail du compositeur d'aujourd'hui…. Franchement, si on peut peut-être discuter de la qualité du son analogique versus numérique (pas moi en fait), concernant la facilité de travail, il n'y a pas photo et on ne reviendra jamais en arrière (à part pour de mauvaises raisons) !

Un album à écouter en intégralité ici

radio lucrece hmmm

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