L'origine de la musique chinoise
Il nous est rapporté que Hoâng-ti voulut assigner à la musique des notes invariables. Il envoya son maître de musique aux confins de l’empire, vers le nord, selon le premier auteur qui nous fasse ce récit, vers l’ouest, au dire de ceux qui le répètent après lui. C’est à l’ouest, en effet, qu’on trouvait une sorte de terre promise, où le roi Moû s’étant aventuré, mille ans avant notre ère, fut heureux au point d’oublier le chemin du retour. Le ministre de Hoâng-ti revint, car il rapportait une grande nouvelle.
Au fond d’une vallée retirée, il avait vu des bambous merveilleux, tous de la même grosseur. Ayant coupé l’une des tiges entre deux nœuds, il souffla : un son sortit. Or ce son était celui même de sa voix lorsqu’il parlait sans passion. C’était aussi le murmure du ruisseau qui naissait dans la vallée. Alors deux
oiseaux, un phénix mâle et un phénix femelle, étaient venus se poser sur un arbre ; le premier avait chanté six notes, en partant de ce même son ; la seconde, six notes différentes. Le ministre,
ayant prêté l’oreille, coupa onze autres tubes répondant, avec le premier, à tout ce qu’il venait d’entendre. Et il remit à son maître ces étalons sonores, que l’on nomma liû [lü], c’est-à-dire lois. Il
avait réussi en sa mission.
Louis Laloy (1912), La Musique chinoise, Ed. Henri Laurens