Les mots pour dire les sons
Il n’y avait pas assez d’heures dans ses journées pour noter dans ses carnets et sur ses petits feuillets de partitions tout ce qui l’enchantait.
Il notait le clapot de la pluie dans la mare.
Le cliquetis de la chaîne de fer du puits qui cogne contre l’étrange cloche du seau vide qui descend dans l’ombre verticale du cercle des pierres.
Il notait le battement de la porte des chiottes faites en pauvres lattes de bois ajourées, à l’entrée du jardin, près du compost, qui bat dès qu’il y a du vent, et l’attache de laiton qui tinte quand on la referme sur soir et qu’on s’accroupit sur la fosse de la tinette.
Il restitue les multiples et petites gouttelettes de sons du pétillement du feu, le bois qui claque, et le subit essor des flammes qui fusent quand la bûche cesse tout à coup d’être humide, quand elle s’embrase, dans un grand souffle imprévisible, au fond de l’âtre, comme un dieu qui passe.
Pascal Quignard (2017), Dans ce jardin qu\'on aimait, Ed. Grasset