Jack a dit...

La peinture des passions ?

L’indignation de cet excellent homme m’amusait.
A présent, je riais presque. Je protestai qu’il ne se pouvait d’art dramatique sans peinture des passions. À son tour, il protesta que la peinture des passions était fatalement d’un fâcheux exemple. La discussion continua ainsi quelque temps; et comme je
comparais alors cet élément pathétique à tel déchaînement des instruments de cuivre dans un orchestre :
« – Par exemple, à cette entrée de trombones, que vous admirez dans telle symphonie de Beethoven… »
– Mais je ne l’admire pas du tout, moi, cette entrée de trombones, s’est-il écrié avec une véhémence extraordinaire. Pourquoi voulez-vous me faire admirer ce qui me trouble ? »

Il tremblait de tout son corps. L’accent d’indignation, d’hostilité presque, de sa voix, me surprit et parut l’étonner lui-même, car il reprit sur un ton plus calme :
« – Avez-vous remarqué, que tout l’effort de la musique moderne est de rendre supportables, agréables même, certains accords que nous tenions d’abord
pour discordants ?
– Précisément, ripostai-je ; tout doit enfin se rendre, et se réduire à l’harmonie.
– A l’harmonie ! répéta-t-il en haussant les épaules. Je ne vois là qu’une accoutumance au mal, au péché. La sensibilité s’émousse; la pureté se ternit; les réactions se font moins vives; on tolère, on accepte…
– À vous entendre, on n’oserait même plus sevrer les enfants.
Mais il continuait sans m’entendre :
– Si l’on pouvait recouvrer l’intransigeance de la jeunesse, ce dont on s’indignerait le plus, c’est de ce qu’on est devenu.
Il était trop tard pour nous lancer dans une discussion téléologique; je tentai de le ramener sur son terrain :
– Vous ne prétendez pourtant pas restreindre la musique à la seule expression de la sérénité ? Dans ce cas, un seul accord suffirait : un accord parfait continu.
« Il me prit les deux mains et, comme en extase, le regard perdu dans une adoration, répéta plusieurs fois :
« Un accord parfait continu; oui, c’est cela : un accord parfait continu… Mais tout notre univers est en proie à la discordance, a-t-il ajouté tristement.
« Je pris congé de lui. Il m’accompagna jusqu’à la porte et m’embrassant, murmura encore :
« — Ah ! сomme il faut attendre pour la résolution de l’accord ! »

André Gide (1925), Les Faux-Monnayeurs, Ed. Gallimard, p. 181

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Tokyo Tonight

musique pour installation / music for artistic performance

Cette musique a été écrite en 2002 pour une installation lumineuse réalisée par l'artiste Gerald Petit.

This music was written in 2002 for an installation realized by the artist Gerald Petit.

Tokyo Tonight

La musique a été entièrement improvisée en studio. Je n'ai utilisé que la guitare électrique comme instrumentation. Pour obtenir un son de guitare se rapprochant d'un instrument traditionnel japonais, j'ai glissé des feuilles de papier toilette entre les cordes, près du chevalet 😉

The music for this piece was entirely improvised in studio. I used only the electric guitar as instrumentation. To obtain a sound of guitar approaching a Japanese traditional instrument, I slipped toilet paper sheets between the strings, close to the bridge 😉

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