Conclusion provisoire et réflexions
La vie d’un musicien ressemble en raccourci à l’histoire de la musique. Il peut être tentant de commencer par improviser comme Coltrane mais ceci peut conduire à une catastrophe… Coltrane n’a pas commencé par Giant Steps, à ma connaissance. S’il est vrai que lui et bien d’autres utilisent des plans, ce ne sont pas des patterns appris dans des livres ou des vidéos de cours d’impro, mais bien plutôt des éléments tirés d’un discours musical élaboré au cours de nombreuses jam-sessions.
La sagesse voudrait que l’on prenne les trois grandes phases de l’improvisation dans l’ordre chronologique (j’ai indiqué 3 grandes périodes du jazz à titre indicatif mais non limitatif), à savoir :
- Improvisation thématique New-Orleans
savoir exposer un thème et faire une impro thématique, cad le thème devient le sujet de l’impro.
Cette forme de travail est idéale pour le débutant :- variations mélodiques (paraphrases)
- travail du phrasé
- structuration du récit (parallèle à la mélodie de départ)
- construction cohérente
- Improvisation formulaire Swing
C’est la deuxième étape basée sur une évidence : on n’improvise pas à partir de rien !mais le thème de départ conserve son rôle central- formules, citations, plans
- gammes et arpèges
- travail de chorus d’autres musiciens
- Improvisation harmonique Be Bop
C’est la dernière (?) étape et la plus délicate
On s’éloigne du thème, ce qui permet une grande invention mélodique, mais la construction devient plus difficile (on a souvent l’impression d’entendre un autre morceau !).
Ce principe a affaibli la position centrale du thème dans le déroulement d’un morceau de jazz, ce qui a fait fuir le grand public loin de la scène jazz…
Un thème n’est plus qu’un prétexte pour les impros !!! Une certaine monotonie de la forme jazz : thème court + impros interminables + thème final. Tous les morceaux se ressemblent et deviennent informes…
Ce ne sont pas des jugements de valeur généraux mais il faut bien reconnaître que si un Charlie Parker a su s’en sortir brillament, il n’en sera pas de même avec un orchestre amateur jouant du bop… aie aie aie !!!
La mélodie
Dans les dictionnaires, on peut lire cette définition de la mélodie : manifestation supérieure du génie musical humain. Je sais, c’est une définition de dico
mais il n’empêche que la mélodie est un élément fondamental de la musique. Dans le jazz, la mélodie porte l’empreinte de celui qui la joue. On reconnaît un grand musicien à son traitement de la mélodie. Chaque musicien a développé des solutions originales pour construire des mélodies quelles que soient les formes de l’improvisation.
Bonjour,
Ce qui défini, selon moi, l’improvisation c’est la capacité que chaque individu a à prendre conscience de son chant intérieur. En fait il faut dédramatiser l’acte d’improviser, car il y a une vertu d’auto-psychanalyse dans le verbe de l’improvisation, source d’inquiétude. L’improvisation réelle (celle qui ne fait plus appel au geste technique conscient) est la mise en extérieur de sa psyché, Jung explique ça mieux que moi et je conseille la lecture de « Aïon, la phénoménologie du soi » de Carl Gustav Jung. La meilleure image que j’emploie pour expliquer ce que je ressens quand j’improvise c’est de s’oublier en tant qu’instrumentiste, d’ouvrir les canaux de son écoute profonde et de se laisser devenir partie intégrante de l’instrument, se mettre en situation de « lâcher-prise ». Quand ça fonctionne, il se produit une distorsion de l’espace et donc du temps dans laquelle l’instrumentiste entends ce qu’il vient de jouer, applique ce qu’il est en train de jouer, et pressent ce qu’il va jouer. C’est une « vision » un peu schizophrénique du phénomène, mais il y a une scission du réel. Observateur, observé et acteur…
En conclusion : Improviser, c’est comprendre sa capacité à ordonner des plausibles en faisant abstraction des possibles. Les plausibles étant du domaine de l’inné alors que les possibles sont du domaine de la conscience.
Bien sur il est toujours possible et même conseillé de « calculer » une phraséologie, mais ce n’est pas de l’improvisation, c’est une écriture.
Merci pour votre site très bien documenté.
w.m
Vraiment enrichissant, merci
J’ajouterai un commentaire à votre article fort intéressant avec lequel je ne suis pas entièrement d’accord.
Il faut d’abord faire tomber les a priori sur l’improvisation ( au sens large et pas seulement en musique). Toute improvisation se prépare et ce qui consisterait à vouloir penser que les improvisateurs ont des dons bénis des Dieux est faux ( même si Grappelli a dit: le jazz, tu l’as ou tu l’as pas).
La musique est un langage et l’on doit d’abord apprendre le vocabulaire et « écouter », « copier » puis formuler ses propres phrases. Après je suis d’ accord et c’est peut être ce que voulais dire Grappelli: il faut avoir un peu d’imagination et le sens de l’équilibre pour retomber sur ses pattes pour sortir des sentiers battus et rebattus.
Même Bireli ( formation à l’oreille) a dit qu’il fallait suivre essentiellement l’harmonie, qu’il y avait des règles ( peut etre pour mieux s’en écarter, mais bon c’est Bireli!!)
Donc pour moi le travail de la technique est essentiel , presque obligatoire.
Après soit on ne peut s’en défaire , soit on évolue.
je pense qu’il faut se remettre en question et partir dans d’autres directions et de manières de travailler le son.
Merci de vos remarques Michel
Ce que vous dites est vrai en un certain sens, surtout si je raisonne en tant que prof de guitare
Devant un apprenti musicien qui veut apprendre à improviser, il vaut mieux tenir votre discours et mettre en œuvre la méthode que vous préconisez. Il faut avant tout encourager le débutant à oser improviser et lui donner des repères.
Maintenant, pour devenir un grand improvisateur et ne pas appliquer bêtement des recettes de cuisine, c’est autre chose… Il vaut quand même mieux que les dieux se soient un peu penchés sur votre berceau, croyez-moi
Cordialement,
Jack
Il est important en effet de faire comprendre à l’élève que même doué, il devra travailler.
Alors oui si on parle de surdoués de l’improvisation, et de musiciens hors du commun c’est un peu la minorité.
Je prends l’exemple de Bireli qui a commencé à jouer à 4 ans puis n’a cessé juqu’à 13 ans de jouer presque 4 à 10 heures par jour année de son premier album. mais si on écoute c ‘est un peu du django à 90 %, une technique mais pas trop encore de personnalité. Il faut alors du vévu pour que le son se personnalise et que la technique s’efface.
Pour le commun des musiciens auxquels j’appartiens, amateur, j’ai du passer la barrière de l’impro, le blocage. je remercie Bireli qui m’a donner envie d’improviser en assitant un jour à un de ses concerts à Vienne. j’ai beaucoup appris en écoutant et repiquant puis en analysant harmonie et mélodie. je pense que si on la motivation, il faut quand même un déclic pour passer ce blocage du début.
hello
Ce site est le plus intelligent et le plus généreux de tous les sites visités jusqu’à ce jour
Merci
bonjour Lili,
merci pour ces commentaires qui me font rougir (de plaisir). Comme je suis assez blagueur, je te répondrai « j’espère que tu en as visité beaucoup… »
A bientôt
Jack
merci encore Quentin de ta visite.
Historiquement au moins, maintenant, on peut en parler.
Parler du free-jazz, oui, pourquoi pas
A bientôt et bon courage
Chaque page de ce site mérite des applaudissements!(Tu ne m’en voudras pas mais j’ai copié/collé toutes tes pages car dans peu de temps je n’aurais plus internet et j’ai vraiment envie de bosser tout ça cet été
J’ai hâte de voir cette page « Interpréter une mélodie »
et est-ce que tu nous parleras du free jazz ou de l’improvisation libre qui est encore autre chose?
Merci Laurent,
cet article est effectivement destiné à ceux qui se lancent dans l’improvisation.
Enfin, une explication accessible au brave type qui se lance dans la musique.
C’est très clair et très enthousiasmant.
Félicitations.
Laurent Valere