Allan Holdsworth
Dans cet article, j’évoquerai un guitariste hors normes, que peu de gens connaissent, hormis les guitaristes, et j’essaierai de voir ce qu’il peut nous apprendre…
Evoquez le nom d’Allan Holdsworth devant n’importe quel guitariste, et vous verrez immédiatement ses yeux partir dans le vague, comme si on ne pouvait rien dire, hormis les superlatifs d’usage, du jeu d’Allan Holdsworth.
Ceci peut surprendre celui qui n’a jamais essayé de rejouer quelques bribes d’un solo ou d’un thème de Allan. Ceux qui ont tenté, comme moi, ont dû vite se rendre à l’évidence : “c’est impossible à rejouer comme Holdsworth !“. Ecarts de main gauche phénoménaux, legato main gauche invraisemblable, doigtés impossibles à retrouver, jeu très fluide et très propre sur des phrases jamais entendues ailleurs… Il y n’y a qu’une seule note qu’on puisse jouer comme lui, c’est le Mi à vide sur la 6ème corde
Il l’a dit lui-même lors de plusieurs interviews : “je ne sais pas faire une simple rythmique funk !“. Tout le monde prend ça pour de la modestie, mais moi je pense que s’il le dit, ça doit être vrai. En effet, j’ai découvert Holdsworth avec les disques de Tony William Lifetime, Gong et Soft Machine. Déjà à l’époque, j’avais remarqué ses phrases très legato et un style de jeu avec les gammes très actuel (depuis Satriani). C’était il y a au moins 20 ans !!! Il ne jouait déjà comme aucun autre guitariste, bien qu’alors il jouât des morceaux “normaux” de jazz-rock. Puis est venue l’époque des compos personnelles d’Allan sur des albums comme Sand par exemple, où Allan se sert du Synthaxe, ce qui était un scandale à l’époque… Mais dans aucun de ces enregistrements, je n’ai entendu Holdsworth jouer un simple blues…
Comment comprendre ce qu’il joue alors que lui-même, quand il est amené à s’exprimer sur sa musique, est si peu loquace
Il a développé son propre style, influencé par le jeu du saxophone (c’est lui qui le dit) et… Django Reinhardt (dixit Allan !).
Ce que je trouve le plus remarquable chez Holdsworth et la leçon qu’on peut tirer de sa carrière, c’est que la technique doit servir l’expression de la personnalité du musicien. Chez Holdsworth, aucune phrase ne sonne “laborieuse”, tout est au service de la ligne mélodique (complexe en général), on n’a jamais le sentiment d’entendre des gammes rabâchées et récitées…
Il nous apprend surtout qu’on ne joue bien que dans son propre style, ça a l’air évident à dire, mais c’est moins évident à vivre…
Chacun doit trouver en lui-même les ressources nécessaires à l’expression de son art.
Laisser un commentaire